Diaty Diallo nous présente son roman Darya et Dounya.
Darya et Dounya
Dounya, une trentenaire, s’adresse à la jeune fille et femme qu’elle a été, Darya, pleine de rêves, d’illusions, de loufoqueries, avant que les pièges de l’existence progressivement éteignent son feu, et la laissent à l’arrêt.
Car Dounya est en pleine crise. Alors qu’elle se sépare de son amoureux, le Mec-qui-vivait-déjà-là, et quitte l’appartement qu’iels occupaient ensemble, elle doit affronter à son travail une perverse procédure de licenciement venant désavouer des années de bons et loyaux services dans l’associatif.
Afin de pouvoir traverser son petit chaos présent, Dounya cherche à se réassocier avec celle qu’elle a « tuée en devenant adulte ». Ainsi, elle convoque et raconte à Darya, de sa mémoire fragmentée, les anecdotes comme les grandes étapes qui l’ont faite, jusqu’aux rebonds fortuits de sa vie aujourd’hui.
Dounya se débat, contre-attaque (drôlerie magnifique de son commentaire sur une lettre de DRH). Elle ordonne ses affaires, se saoule à la musique, se laisse dériver dans Paname et sa banlieue chérie, et s’accroche à ce qui dure dans le temps, Janelle sa meilleure amie et leur cosmogonie fantaisiste, élaborée sur-mesure au fil des années.
Et c’est par l’écriture que Dounya tente intimement de guérir, en réglant un par un, avec humour et lucidité, ses comptes avec les hommes qu’elle a croisés, dans une série de lettres comme un catalogue implacable du masculinisme ordinaire. Car la vie n’est pas une entité abstraite et métaphysique, elle est orchestrée par ceux qui détiennent ou s’arrogent un pouvoir, les petits mecs, les petits chefs : des médecins, des profs, des potes, des patrons, des dates fâcheux…
Il était temps de leur river leur clou et de remettre l’héroïne au centre de sa propre histoire. Ce roman le fait magistralement. Avec férocité, dérision et tendresse.